Doit-on tirer les cartes à l’envers ?

La question revient souvent chez les débutants qui se lancent sérieusement. Les livres de tarot expliquent la pratique des cartes à l’envers, cela signifie-t-il qu’il faille l’utiliser quoi qu’il arrive ? Ou doit-on choisir, en fonction des questions, des tirages ou d’autre chose ? Quelques pistes, avec un tirage cyberpunk en exemple.

Le tarot est un outil sympathique que l’on utilise comme prétexte pour apprendre à penser par soi-même. Méfiez-vous donc lorsqu’on vous affirme qu’il y a une manière de faire “correcte”, à appliquer sans poser de question, sous peine d’avoir “faux”. Alors, quelle(s) règle(s) choisir ? Tout dépend de ce que vous désirez obtenir. On n’utilise pas un outil parce qu’on est obligé de le faire, mais parce que l’on juge qu’il correspond mieux qu’un autre à ce que l’on veut réaliser ; si l’outil ne tient pas bien en main, on l’abandonne.

1. Identifier les problèmes

On peut lire une carte à l’envers en se disant : “L’idée représentée par la carte à l’endroit ne marche pas“. Par exemple, l’Empereur à l’envers peut représenter une autorité, des règles ou un cadre qui ne marchent pas, c’est-à-dire insuffisants ou excessifs, mal appliqués, non assumés, en tout cas problématiques pour la situation examinée. Par conséquent, tirer les cartes à l’envers sera d’une aide précieuse si vous cherchez à faire apparaître clairement les problèmes. Pas besoin d’interpréter les cartes pour voir que les domaines qui posent problème dans la situation sont ceux qui correspondent aux emplacements où les cartes sont tombées à l’envers. Ce type de technique correspondra donc bien à un tirage de travail psychologique, avec des questions du type “Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à faire X ou Y”, “qu’est-ce qui bloque”, “à quoi devrais-je faire attention”.

D’un autre côté, rien ne vous empêche d’utiliser un emplacement “blocage” si vous souhaitez travailler sur les blocages… et garder vos cartes à l’endroit. C’est une autre possibilité, ni meilleure, ni moins bonne !

2. Dégager des conseils

Les cartes à l’envers pourront vous aider à trouver un moyen de résoudre les blocages ou les problématiques apparues dans votre tirage : lorsque vous avez compris pourquoi telle ou telle carte est à l’envers dans votre situation, le conseil est alors de faire ce qui vous permettrait de redresser la carte. Si une Impératrice (créativité débridée) se retrouve bridée par un Empereur à l’envers, elle peut retrouver l’épanouissement en remplaçant des règles étouffantes par un cadre constructif.

Cependant, rien ne vous empêche non plus de tirer de nouvelles cartes pour demander un conseil. Si vous tirez les cartes à l’endroit, le conseil se lira directement (“faites ceci”). Si vous tirez les cartes à l’envers, un conseil à l’envers pourra se lire “arrêtez de faire cela”. Et si vous n’êtes pas du tout amusé par la possibilité de vous retrouver à décortiquer une double négation à ce moment-là (en tirant à l’envers une carte déjà dite “négative”)… tirez donc à l’endroit. La bonne règle pour vous, c’est celle qui facilite votre lecture, pas celle qui la rend moins claire : sachez avant tout si vous vous sentez à l’aise.

3. Le cas des tirages tournés au futur

Si votre question est plutôt de type divinatoire, les cartes à l’envers pourront vous prévenir des problèmes et obstacles qui vous attendent, de façon à vous aider à trouver un moyen de les éviter. Mais attention : si votre jeu est mélangé tête-bêche, vous avez à peu près une chance sur deux de tirer une carte à l’envers, c’est-à-dire que votre consultant (si vous en avez un) aura quasi toutes les chances de se faire prédire un avenir compliqué… Soyez-en conscient, pour être sûr que ce soit bien pertinent dans votre situation !

tarot cyberpunk

Exemple de ce qu’il ne faut pas faire avec un consultant, sauf si vous êtes un personnage de fiction dont la fonction est de préparer un scénario violent dans un univers dystopique. Dans le jeu vidéo Cyberpunk 2077, le héros (vous) reçoit régulièrement des tirages divinatoires, faits avec les seuls arcanes majeurs mélangés dans les deux sens, sans question. On se doute donc que la prédiction va être assez floue, parler d’événements très importants, et très possiblement problématiques. Le personnage de la tarologue ne se prive pas d’en rajouter : voici la traduction du tout premier tirage.


– (La tarologue) Le Monde, à l’envers. Tu es au début d’un grand voyage, qui ne sera pas du tout comme tu le crois, et beaucoup plus long que tu ne penses… L’Amoureux, à l’envers. Une force t’entoure, qui te mettra en difficulté. Tu entreras aussi en conflit avec une autre force, intérieure celle-là… L’Étoile, à l’envers aussi. Tu devras surmonter des désirs inconnus, et trancher le lien avec quelque chose que je ne vois pas clairement. La Mort, à l’envers. Tes adversaires te retourneront contre toi-même. Ton voyage t’amènera transformation ou destruction.


– (Le héros) Ça n’a pas l’air trop bon.


– (La tarologue) En effet, pas bon du tout. Mais ne t’inquiète pas, ça se trouve j’ai juste mal lu les cartes. (Elle range le jeu)


Dans cet exemple fictif, la tarologue angoisse son consultant au maximum en choisissant d’interpréter les renversements de la façon la plus menaçante possible, quitte à s’éloigner de la lecture traditionnelle immédiate. Elle donne deux lectures à chaque fois pour créer un effet d’accumulation (comme si ça ne pouvait pas être l’une ou l’autre) ; elle utilise le flou pour créer une peur paranoïaque (“quelque chose que je ne vois pas clairement”) ; elle prononce un jugement absolu, négatif et bloquant (“pas bon du tout”) ; puis, cerise sur le gâteau, elle instille le doute sur l’ensemble du tirage, pour que le consultant ne sache plus que croire en général (“ça se trouve j’ai mal lu”). C’est très bien pour participer à la création de l’ambiance effrayante de ce jeu vidéo. Ne faites pas ça dans la vraie vie, ce n’est pas le but d’un tirage.

Cet exemple est caricatural, mais il montre bien que si le but de votre tirage est de rassurer (“est-ce que je fais bien de poursuivre mon envie”), de donner de l’espoir (“cette année sera-t-elle meilleure que la précédente”), ou de passer le temps avec légèreté (“dis-moi juste ce que les cartes ont à dire”), les cartes à l’envers risquent d’être contre-productives. Cette technique se prête à mon avis mieux aux tirages de travail, c’est-à-dire où le consultant souhaite explicitement passer du temps à comprendre ce qui ne va pas et à trouver comment le résoudre (ce n’est pas toujours le cas).

De toute façon, si vous préférez garder vos cartes à l’endroit, vos tirages ne manqueront de rien : le Tarot étant un système complet, un jeu à l’endroit contient déjà ce qu’il faut pour vous parler d’obstacles et de difficultés si nécessaire. Les cartes à l’envers doivent être une aide, pas une difficulté supplémentaire. Vous saurez à quoi se prête mieux votre style personnel à force de pratique. Bons tirages !

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