La pratique des cartes renversées n’est pas courante en France. Elle a la réputation d’être difficile, parce qu’il faudrait retenir deux fois plus de significations… en apparence. En réalité, c’est une aide précieuse pour trouver la problématique dans un tirage, et dégager le conseil en un seul mouvement.

Cinq de DeniersOn croise rarement la pratique des cartes renversées en France, tout simplement parce que certaines mineures du tarot de Marseille sont presque symétriques… difficile de voir au premier coup d’oeil qu’elles sont à l’envers ! Les illustrations du Rider-Waite, au contraire, rendent cette pratique quasiment évidente.

Pour préparer son paquet à tirer les cartes renversées, il suffit de le mélanger comme d’habitude, mais en retournant la moitié du paquet un geste sur deux. Lorsqu’on a répété cela suffisamment de fois pour que le paquet soit bien mélangé, une carte sur deux à peu près doit être à l’envers.

L’intérêt, c’est que ces cartes à l’envers vont représenter l’obstacle. Quand une carte est tirée à l’envers, on considère que l’idée de la carte est bien présente (sinon ce ne serait pas celle-là qui serait sortie, mais une autre), mais que quelque chose l’empêche de s’exprimer comme elle le voudrait, qu’il y a un blocage là-dessus. Pour les lire, on peut essayer la grille d’interprétation suivante :

(Si la carte à l’endroit dit X)

  • Ne pas faire / être X
  • Il n’y a pas de X
  • J’ignore le fait qu’il y ait X
  • Je refuse de voir que X
  • Il faudrait que X, mais ça ne marche pas
  • Ce n’est pas le moment de faire X
  • Je ne veux pas X
  • Plus rarement, le mauvais côté de X (l’Empereur en dictateur par exemple).

as de deniers renversé significationPar exemple : si le Chariot parle de conquérir, de poursuivre un projet précis, de sortir de sa zone de confort, de suivre bille en tête la direction de son désir, de tendre sa volonté vers un but, etc… le Chariot renversé dira : Ce n’est pas le moment de se lancer dans le projet (peut-être que les conditions du départ ne sont pas encore bien réunies), Je n’arrive pas à avancer avec la constance qu’il faudrait, (peut-être que le projet dans lequel je me suis lancé ne correspond pas vraiment à ce que je désire), Je refuse de sortir de ma zone de confort (peut-être que je me fais une idée effrayante de ce qu’il y a dehors), etc. Ne pas oublier de tenir compte du dessin lorsque c’est possible : un As de Deniers renversé peut être une main qui essaie de cacher le denier, ou qui refuse de le voir. Traditionnellement, un as est « un don fait au consultant » ; en anglais, l’expression « to turn down » correspond au geste de la main, et explique qu’on puisse l’interpréter comme un refus (le consultant aurait du mal à accepter qu’on lui fasse un cadeau, par exemple).

C’est particulièrement pratique, parce que si on a une question à poser au Tarot, c’est bien que tout ne fonctionne pas comme nous le voudrions, qu’il y a quelque chose qui « bloque », mais on ne sait pas quoi (sinon, on n’aurait pas besoin de poser la question). Demander aux cartes renversées de représenter un blocage, c’est permettre au tirage de le marquer d’une façon particulièrement lisible.

La carte à l’envers a un intérêt double : elle identifie clairement l’endroit où il y a un blocage, mais elle suggère en même temps la manière dont on peut s’en sortir. Le Tarot ne nous aiderait pas à évoluer s’il ne s’agissait que de constater ce qui ne va pas ; il nous conseille aussi, pour nous mettre sur la bonne voie. Pour dégager le conseil porté par une carte à l’envers, c’est simple : il faut se demander ce que l’on pourrait faire pour « redresser la barre », ou, en l’occurence, la carte. Imaginons qu’une consultante soit représentée par l’Impératrice à l’envers. Elle voit sur la carte ce qu’elle appelle une « vraie » femme : sensuelle, ayant plaisir à être dans sa chair, maternelle, désirante, généreuse. Le renversement peut signifier que la consultante a du mal à s’accepter en tant que femme, et a tendance à ne pas investir son corps, en oubliant par exemple d’y prendre plaisir pour le « désexualiser ». A ce moment, on peut suggérer une voie d’évolution inspirée par la carte à l’endroit : la consultante pourrait essayer de réinvestir son corps en s’autorisant à en prendre soin, à découvrir le plaisir d’un environnement confortable (les coussins sur lesquels l’Impératrice est allongée), ou en se rendant compte qu’elle est dans une attitude de soumission au désir de l’autre (d’où la négation du sien) alors qu’elle pourrait tout à fait régner elle-même.

Pour un tirage à plusieurs cartes, lorsque plusieurs cartes sont renversées, cela ne veut pas forcément dire qu’il y ait autant de blocages. Le consultant est une personne cohérente ; il arrive rarement que quelqu’un ait tel problème d’un côté, et tel autre qui n’ait rien à voir, de l’autre. L’expérience montre qu’en général, il y a un problème de base, un « noeud » sur lequel tout le reste s’est bâti, et qui a des répercussions ; les différents blocages ne sont en réalité que diverses expressions, dans différents domaines, d’un même problème. En interprétant le tirage, on se rendra compte que parmi toutes les cartes renversées, il y en a une qui explique que les autres le soient aussi. Dans l’exemple d’une consultante qui serait représentée par l’Impératrice à l’envers, on pourrait imaginer un Valet de Bâtons renversé à la place du Conscient (elle n’arrive pas à découvrir son désir, ce qui explique la difficulté qu’elle aurait à être désirante, donc à accepter sa féminité), et à la place de l’Inconscient, un Ermite renversé (elle a l’idée que découvrir son désir la plongerait dans une solitude insupportable, car le propre de notre désir est qu’il n’est pas partagé par autrui). On voit que l’Ermite est le noeud du problème, car il représente une fausse croyance (avoir son propre désir, c’est être seul), et que l’Impératrice renversée (ne pas réussir à être une femme désirante) n’en est qu’une conséquence, comme le Valet de Bâtons renversé (ne pas réussir à découvrir son désir). A ce moment, la consultante peut essayer de redresser son Ermite en se rendant compte que le désir peut aussi être ce qui nous permet de guider les autres, donc de les rattacher à nous ; cette résolution débloquera l’Impératrice, dont le caractère « désirant » ne posera alors plus problème.

 

Exemple de tirage entièrement renversé : réponse à la question « Où va mon couple ? »

CaptureC’est une question de couple simple, donc on peut y répondre en questionnant trois points de vue : celui de la femme, celui de l’homme, et celui du couple. Trois cartes suffiront donc. Les trois cartes tirées sont : Justice renversée (pour elle), Bateleur renversé (pour lui), 4 de Bâtons renversé (où va le couple).

Observation des cartes à l’endroit :

  • Justice : c’est celle qui sait reconnaître ce qui est bien pour elle, et tranche lorsque c’est mauvais.
  • Bateleur : c’est celui qui sait ce qu’il veut, et qui le communique (puisque le Bateleur fait communiquer le haut avec le bas).
  • 4 de Bâtons : Stabilité du Désir, donc Mariage (puisqu’il s’agit d’une question de couple).

Interprétation du renversement comme négation :

  • Justice Rx (renversée) : Elle ne sait pas ce qui est bien pour elle (donc elle attend qu’on le lui dise, ce qui est logique)
  • Bateleur Rx : Il ne communique pas (donc il ne dit rien à son amie, ce qui la laisse en attente)
  • 4BRx : Ils ne vont pas vers le mariage.

Pour cette dernière carte, attention à ne pas surinterpréter en parlant de séparation : celle-ci ne serait envisageable que si la Mort ou un 10 d’Epées venaient en rajouter dans ce sens – ici on ne voit rien d’autre que « Mariage« , donc « Pas de mariage – en tout cas pour l’instant ». Une séparation, c’est encore autre chose. Surtout que l’identité parfaite des attitudes des deux personnages laisse penser que ces deux-là pourraient bien être faits l’un pour l’autre, malgré tout…

On observe que le même tirage donne alors à la fois le problème et la solution : Si ce couple ne va pas vers le mariage, c’est parce que la jeune fille attend qu’on lui dise quoi faire, alors que le jeune homme ne communique pas. On comprend donc pourquoi leur couple ne fonctionne pas. Or, on voit en même temps comment ils peuvent améliorer les choses : elle en se demandant ce qui serait bon pour elle (plutôt que d’attendre d’autrui qu’il le lui dise), et lui en acceptant d’en discuter. S’ils réussissent à faire ce travail, ils pourront être représentés par la Justice et le Bateleur à l’endroit (celle qui sait reconnaître ce qui est bon pour elle, et celui qui dit ce qu’il veut) ; ensemble, ils pourront alors avoir un véritable dialogue, qui, si tout va bien, pourrait même les conduire à un mariage (le redressement des deux arcanes majeures entraînant naturellement celui du 4 de Bâtons).