Les Majeures. VI : L’Amoureux

tarot marseille amoureux significationRègle : Comment faire le bon choix à tous les coups

Après avoir obtenu les outils permettant de maîtriser le monde matériel (I-IV) et appris à (s’)écouter (V), l’homme est confronté à son premier choix personnel. C’est une entrée en matière : la sagesse accumulée dans les arcanes précédents ne sert à rien tant qu’elle n’est pas mise à l’épreuve, car sinon elle ne serait que théorique.

Traditionnellement, on lit cette lame comme une référence à la question du choix. Dans le tarot de Marseille, on voit un homme entre deux femmes, l’une sévère et pas très jolie, l’autre jeune et séductrice. On pourrait l’interpréter comme la croisée des chemins entre la vertu et le vice, ou entre une voie spirituelle aride et la tentation de la facilité, de vivre sans se poser de question. Mais cette interprétation simpliste ferait intervenir une morale contraignante, sans vraiment de solution satisfaisante : pourquoi l’homme devrait-il se résigner à suivre la femme laide ?!

En réalité, l’enseignement de cette lame est bien plus profond que « il faut suivre la voie de la vertu même si elle est moins séduisante que la facilité », évidence que nous n’avions pas besoin du Tarot pour penser. Or le Tarot sert à nous enseigner, sinon il n’a pas d’intérêt. L’arcane VI parle en effet de la question du choix, mais en nous indiquant comment faire.

 

Qu’est-ce que choisir ? Si tous les choix n’étaient que soumis à la raison, nous choisirions forcément la chose qui est objectivement la meilleure. C’est-à-dire que nous nous conformerions à la nature « meilleure » de la chose en question. C’est-à-dire qu’en réalité, ce seraient les choses qui choisiraient à notre place – en étant l’une meilleure, l’autre moins bonne, et ce indépendamment de nous.

Nous ne serions donc pas libres de choisir, puisque le choix ne dépendrait pas de nous. Or, en tant que livre du processus d’individuation, le Tarot nous parle de notre liberté. Et « les décisions des robots dépourvues de toute affectivité broient l’humain » (Delcamp).

C’est pour nous indiquer que le véritable choix n’est pas de l’ordre de la raison que le Tarot de Marseille nous montre un Cupidon prêt à décocher sa flèche sur l’homme hésitant. Cette flèche va se ficher dans son coeur et il se sentira inexorablement attiré vers l’une des deux possibilités. Le vrai, bon choix, celui qui exprime notre liberté et va dans son sens, est donc de l’ordre de l’affectif : c’est là où le coeur nous porte. Sans cela, il ne serait qu’une réaction à une situation plus ou moins bien analysée, pas un acte de liberté.

Le bon choix se fait donc à partir du coeur, par opposition au mauvais choix qui finit par nous causer des ennuis parce qu’il ne s’aligne pas avec notre liberté. On voit bien où le Tarot veut en venir, parce que si l’on sait que nos choix sont d’ordre affectif, cela nous donne un indice précieux pour connaître notre véritable désir – en effet, si nous savons faire les bons choix (en écoutant notre coeur, donc en utilisant la faculté d’écoute qui nous a précisément été donnée par la lame précédente), nous devons nous rendre compte qu’ils vont tous dans la même direction, quelle que soit la chose sur laquelle ils portent.

 

Si nous hésitons au moment d’un choix, c’est donc que nous ne nous connaissons pas assez nous-mêmes. Facile à dire ! notre problème actuel, c’est bien que nous ne nous connaissons pas assez – pour que l’enseignement de la lame nous soit utile, encore faut-il qu’elle nous fasse comprendre comment, sinon nous n’avons plus qu’à ranger notre jeu en enviant la facilité qu’ont les « initiés » !

rider waite amoureux significationSi à chaque choix, notre coeur nous indiquait sans doute possible celui qui était le bon, nous ne serions pas en train de nous débattre constamment dans les ennuis ! Notre affectivité est difficile à connaître. Sinon, le désir ne serait pas une énigme et personne n’aurait besoin de faire de travail sur soi.

C’est là que le Rider-Waite nous offre un indice précieux pour mieux comprendre. A première vue on pourrait penser que son image n’a rien à voir ; les « amoureux » seraient Adam et Eve, couple primitif, … et alors ? En réalité, cette nouvelle interprétation explicite le sens de la lame de Marseille pour nous éviter de tomber dans le simpliste « vice séduisant vs. vertu austère ».

Sur notre image, Adam et Eve sont représentés devant les arbres de l’Eden, le serpent déjà enroulé autour de l’arbre de la Connaissance. Au-dessus d’eux, un archange fait un geste de réconciliation. Etrange image, car d’habitude c’est la figure d’un Dieu terrible et en train de châtier qui apparaît sur les représentations de la Chute.

La Chute et la sortie de l’Eden, c’est le moment où Adam et Eve goûtent au fruit qui leur permet de prendre conscience du bien et du mal. Avant cela, ils étaient dans un état d’innocence inconsciente – l’état d’Eden. Etre dans l’Eden, c’est donc n’être pas conscients.

Que se passe-t-il lorsque nous n’arrivons pas à faire un choix ?

– Soit nous ne sommes pas en paix, mais en conflit avec nous-mêmes ; il est donc difficile d’entendre « la bonne voix » lorsque nous demandons à notre coeur d’indiquer la voie. Encore une fois, merci, mais entendre « tu n’as qu’à te réconcilier avec toi-même » ne nous aide pas.

– Soit, plus profondément, nous n’arrivons pas à prendre le recul nécessaire pour entendre cette voix, parce que nous sommes tout entiers happés dans notre situation contradictoire. Nous sommes littéralement fascinés par elle et n’arrivons pas à prendre de la hauteur, parce que nos pensées ne sont constituées de rien d’autre que cette opposition. « X ou Y ? X ou Y ? » nous répétons-nous en boucle, incapables d’en sortir. Notre conscience n’est donc rien d’autre que conscience de l’opposition entre X et Y. Elle n’est donc pas conscience de nous-mêmes.

Pour faire le bon choix, il faut parvenir à avoir conscience de nous-mêmes. Lorsqu’Adam et Eve goûtent au fruit de la Connaissance, ils deviennent conscients du bien et du mal, c’est-à-dire qu’ils peuvent désormais se placer en tant que sujet devant un objet extérieur à eux, et le juger comme « bon » ou « mauvais ». Avant, ils n’étaient que conscience de cet objet – le sujet et l’objet étaient confondus, or il faut se séparer de l’objet que l’on juge pour le juger bon ou mauvais. La sortie de l’Eden est donc fait de devenir sujet, c’est-à-dire d’accéder à la conscience de soi – je suis moi, et non pas l’objet qui est dans mon esprit (Lorsque le chien a la balle à l’esprit, son esprit est tout entier « BALLE !!! » – à ce moment il EST la balle, sans médiation).

Au moment de notre dilemme, si nous prenons donc un peu de hauteur (comme nous y invite l’archange dessiné sur la carte), nous éviterons donc d’être entièrement fascinés par notre objet. Il ne faut plus être comme Adam et Eve avant qu’ils n’aient croqué la pomme, puisqu’avant leur conscience était endormie et ils n’étaient pas des sujets. Si nous prenons de la hauteur, nous nous détachons de notre objet et retrouvons la conscience de nous-même. Nous cessons de nous oublier ; c’est à cette condition que nous pourrons nous écouter et réellement juger notre objet. Observons le jeu de regards sur la carte du Rider-Waite : Adam (qui peut représenter la conscience) regarde Eve (qui peut représenter le subconscient, l’affectif) qui elle-même regarde l’ange (qui peut représenter notre énigmatique Désir, celui qui nous guide en toutes choses). Les trois personnages sont donc inséparables, aucun n’est laissé sur le côté. La personnalité réconciliée avec elle-même utilise son conscient pour interroger son affectivité, avec la certitude que celle-ci lui répondra toujours selon ce que lui indique le Désir. Le message de la carte est donc clair : Pour faire le bon choix à tous les coups, nous devons nous souvenir que nous ne sommes pas notre objet (reprendre conscience de nous-même), puis écouter notre affect, parce que celui-ci ne se trompe jamais – il suit le guide spirituel dont la conscience n’arrive pas à saisir le message explicite (puisque nous sommes une énigme pour nous-même). Il est absolument certain que tout choix fait selon cette règle sera bon, puisque guidé par notre liberté il ira dans son sens. Cette femme que je poursuis parce que je me suis persuadé qu’il le fallait me rend-elle heureux quand je suis avec elle ? Non.

 

Dans un tirage, l’Amoureux fera référence au cri de l’affectivité le plus évident – l’amour, les relations sentimentales, etc. Plus généralement, il posera la question du choix : sommes-nous en train de faire le choix « qu’on attend de nous » ou celui que nous désirons ? Il nous rappellera où se situe le bon choix si nous avons du mal à le discerner. Renversé, il pourra nous accuser d’essayer de dominer l’autre, de lui imposer nos choix, s’il ne signifie pas juste l’absence d’affectivité ou le refus de l’écouter.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *