Les Majeures. IV : L’Empereur

rider waite empereur

Celui dont l’autorité fait respecter la Loi.

Le 4 le présente d’emblée comme stable et enraciné dans la matière. Maître de lui-même, il ne montre plus de faiblesse, et son autorité s’asseoit sur une force calme. Maître de son territoire, il a pris en main les moyens de sa sécurité, et sa réalité lui obéit.

L’Empereur ne trébuche pas car la certitude est de son côté. Il ne s’agit pas des certitudes bornées de ceux qui ne remettent pas leurs préjugés en question ; la pensée de l’Empereur est claire et lucide. Il est l’intellect qui analyse et la raison qui décide. Sa force lui permet de modeler le monde matériel d’après sa pensée. En cela, il suit logiquement l’Impératrice : alors qu’elle était toute de virtualité (concentrée sur le processus de fécondation et de création plutôt que sur ses résultats), lui s’applique aux faits. Il n’y a en effet pas d’utilité à la créativité si celle-ci part dans tous les sens sans être soutenue et guidée par des règles. Alors que sa compagne était pur sentiment, l’Empereur est capable de regarder les choses avec attention et sans se laisser détourner par une émotion excessive (d’où le paysage aride de la carte) ; et là où elle se laissait féconder (désir de recevoir), la masculinité de l’Empereur projette sa décision sur l’extérieur (volonté de donner).

Cette masculinité assimile notre Empereur à la figure paternelle, en tant que porteuse de la Loi : la fonction paternelle en psychanalyse par exemple, c’est celle qui définit, et crée des limites. L’enfant et la mère sont dissociés, et leur désir obéit à des règles.

Ces règles constituent la personnalité et sont une condition incontournable de la liberté. Comment un enfant peut-il réussir à se développer harmonieusement si personne ne lui dit jamais non, préparant au mieux un traumatisme épouvantable lorsqu’il rencontrera l’indifférence du monde extérieur ? Aussi, ce n’est pas parce que nous sommes libres de faire ce que nous voulons, que faire n’importe quoi serait une bonne idée ! Au contraire, si nous nous essayons à appliquer ordre et discipline à ce que nous avons choisi de faire, les résultats sont flagrants : nous nous trouvons une voie de développement dans laquelle il est possible de nous réaliser.

L’Empereur est un despote bienveillant. Comme toutes les lames du Tarot, il est là pour nous aider à nous réaliser. Devenu maître de lui-même, il peut veiller à ce que les autres aussi arrivent à suivre la voie qui leur est propre. Seulement, ce monde est celui de la liberté donc de l’erreur ; notre Empereur va donc devoir appliquer une force de persuasion, étant donné que beaucoup se complaisent dans la facilité et ont tendance à rester dans leurs habitudes auto-destructrices… Nous devons de temps en temps recevoir un coup d’étrivière pour revenir sur le droit chemin… Mais cela se fait toujours dans le respect : l’autorité de l’Empereur ne vise pas son profit personnel, mais bien celui de ses sujets.

Appliquer son enseignement revient donc pour nous à critiquer les règles qui ne proviennent pas de notre propre Empereur intérieur : celles que les autres essaient de nous imposer, celles que notre éducation nous a fait intégrer, etc. Ces règles doivent être examinées avec lucidité et passées au crible : toutes celles qui contredisent nos valeurs, notre vision des choses… doivent être balayées, et remplacées par ce sur quoi nous ne cèderons plus. Prendre sa responsabilité et défendre ses principes, tout en considérant la situation avec objectivité : c’est ainsi que l’Empereur nous apprend à asseoir notre autorité. Cet examen lucide, ce sera le fondement qui nous permet d’être sûr de nous, donc qui nous donne la volonté d’agir sur le monde sans vaciller.

Une fois son enseignement intégré, le monde matériel est maîtrisé ; on peut alors s’ouvrir à l’enseignement spirituel de l’arcane suivante, le Pape (V).

Dans un tirage, l’Empereur nous rappellera l’idée d’instaurer ou de respecter les règles, questionnera notre autorité et nos rapports à l’autorité, nous parlera de la fonction paternelle, de la question de la masculinité, de la maîtrise de soi et de la volonté.

 

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