Peut-on se tirer les cartes à soi-même ?

Se tirer les cartes à soi : c’est difficile, au point que certains le disent impossible ou interdit. Non, bien sûr, parce qu’on ne peut imaginer qu’un outil qui pose la question de ce que c’est qu’être soi puisse s’adresser à n’importe qui sauf soi ; il reste cependant que les tirages à soi-même sont les plus délicats. Faisons un petit tour ensemble pour comprendre pourquoi et ce que nous pouvons faire pour que la tâche ne nous paraisse plus insurmontable.

On commence à étudier le Tarot avec humilité, en se disant que tant que l’on n’a pas maîtrisé l’outil, on ne tirera les cartes que pour soi, ne serait-ce que pour éviter erreurs et maladresses face à une autre personne. Ce faisant, on se retrouve d’emblée confronté à la plus grande difficulté de la lecture du Tarot : plus on est éloigné de la personne à qui s’adresse le tirage, plus c’est facile, par conséquent le sujet le plus difficile, c’est soi-même.

tarot bologne tourLa raison est simple : le tirage aléatoire sert à faire voler en éclats les projections, rationalisations et justifications que nous nous étions montés sur notre situation (puisque les cartes non choisies vont avoir une fâcheuse tendance à n’y pas correspondre). Nous, nous en avons, des rationalisations et des projections, puisque si nous avons des blocages c’est toujours pour une raison, et que nous y tenons fort pour ce qu’ils protègent. Une carte mal placée risque donc fort de générer une incompréhension totale par rejet, puisqu’elle vient menacer une construction sur laquelle nous comptons par ailleurs. Notre meilleur ami, lui, fait partie de notre vie ; donc il génère aussi attentes et projections de notre part. Nous connaissons bien sa situation, nous ne sommes pas sans avoir une opinion à son sujet, et puisque c’est notre ami, nous l’aimons ; il sera donc d’autant plus difficile de ne pas « pousser » les cartes soit à lui donner des messages agréables (inutile), soit à sembler donner le conseil conforme à l’opinion que nous n’aurions peut-être pas osé lui donner en notre nom propre (dangereux). Par contre, le parfait inconnu, lui, ne fait pas partie de notre vie : nous n’attendons rien de lui, nous n’avons même pas intérêt à porter un jugement sur lui, nous ne souhaitons pas particulièrement protéger des blocages et des failles qui ne nous concernent pas. Par conséquent, rien ne viendra entraver une lecture directe et juste (tant qu’on laisse la place à la personne d’indiquer ce qui fait sens pour elle, pour éviter de se retrouver dans un monologue qui ne serait adressé qu’à soi).

Le lecteur débutant gagnera donc énormément à s’entraîner avec des inconnus, que ce soit au café ou sur Internet, tant qu’il reste dans le dialogue : les retours positifs le feront gagner très vite en confiance, alors qu’on risque de se décourager si on se retrouve trop souvent seul face à des cartes obstinément muettes. Plus on a lu pour les autres, plus la lecture est confiante, ce qui est un bonus lorsqu’on lit pour soi-même. A ce moment, il n’y a pas trente-six façons de s’y prendre, mais on peut se faciliter les choses avec ces quelques idées :

  • Parler à voix haute. Dire le nom de la carte et ses premières significations, puis faire une phrase en les rattachant à l’emplacement. Cela sort de la confrontation à soi-même en nous faisant faire comme si nous nous adressions à un « je » qui serait un autre : nous nous mettons donc à jouer le rôle d’un tiers, plus objectif et détaché.
  • Par la pratique de la méditation, s’habituer à détecter les moments où l’esprit va tenter de faire un pas de côté pour « modifier » le sens d’une carte sans en avoir l’air, ou pour passer outre ce qui le gêne ; apprendre le « goût » de la mauvaise foi pour l’attraper à temps.
  • Par une bonne psychanalyse, la même chose en plus profond (et cher).
  • tarotUtiliser un maximum de techniques pour se cadrer. Suivre des listes de mots-clefs pour éviter de trop s’éloigner du sens d’une carte en s’interdisant de trop extrapoler (« ah oui, ce 10 d’Épées veut dire que c’est la fin… de sa volonté de me quitter, donc c’est bien la preuve qu’elle va revenir »), noter ses emplacements sur un papier avant de faire son tirage et y revenir systématiquement (pour éviter d’avoir placé un 10 d’Épées à l’emplacement « ce qu’elle pense de moi » et de le lire comme si c’était « ce qu’elle doit faire de l’idée de me quitter »), être extrêmement rigoureux sur les cartes surprenantes pour éviter de les lire à l’envers quand ça nous arrange mieux (ex : « Crainte = 4 de Bâtons. Oui, il a peur que ça ne tienne pas ! » – non, justement, il a peur que ça tienne, c’est plus embêtant).

RELa vraie raison de l’existence de tout un système de règles et de significations dans le Tarot, c’est de nous fournir un cadre suffisamment solide pour nous éviter de partir dans ce qu’on a envie d’entendre. Il faut donc faire preuve d’une rigueur absolue, tout le temps : écrire la question, écrire les emplacements, écrire les mots-clefs, bien faire tout ça dans l’ordre, jamais sur un coin de table, jamais avec des distractions, puis tout revérifier en s’assurant que tout corresponde bien et qu’on n’a pas shunté quelque chose pendant qu’on avait le nez dans les cartes.

  • Accepter que le Tarot risque souvent d’aller chercher au niveau des « vraies raisons » au lieu de nous donner la réponse toute simple que l’on attendait (parce qu’elle n’était pas très exigeante). Par exemple, à la question « Quel est mon avenir sentimental » (sous-entendu : vais-je rencontrer quelqu’un bientôt), un tirage risque bien de ne rien prédire du tout, mais de nous embêter en appuyant sur la raison pour laquelle nous nous sommes, nous, interdit cette rencontre jusqu’ici, avant de nous donner une possibilité de sortie qui peut passer par un travail désagréable. On risque de rater la lecture si on cherche à tout prix à identifier un partenaire potentiel dans ce type de tirage.
  • Accepter que les problématiques sont compliquées et que les réponses ne peuvent pas se réduire à oui ou non, même si on peut trouver cela rassurant : ne cherchez ni positif ni négatif dans les cartes, contentez-vous de les laisser exprimer leurs idées, et vos lectures dégageront du sens plus vite.
  • Ne pas faire ce genre de tirage trop souvent pour éviter que le sentiment d’être face à une montagne ne nous conforte dans le maintien de nos blocages.
  • De toute façon, le plus difficile n’est pas de lire les cartes, c’est de suivre le conseil qui aura été donné après le tirage ; et ça, ça prend du temps…

 

  • Ingrid

    Chère Emmanuelle

    merci pour cet article pertinent

    A bientôt
    I.

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