Arcanes majeures et chemin initiatique

Le tarot est un livre dont chaque page décrit une étape dans l’élevation de la conscience. Tout le système est tourné vers ce seul but : accompagner le consultant dans le travail de réalisation de soi.

Dans un tirage, les cartes battues mettent en lumière le point auquel est arrivé le consultant dans plusieurs domaines de sa vie, et lui enseignent ce dont il a besoin pour dépasser les obstacles qu’il voit sur son chemin. Si l’on considère au contraire les arcanes majeures prises dans l’ordre, elles content l’histoire de l’avancée sur le chemin de la conscience. En voici les très grandes lignes, tentative sujette à interprétation, mais utile pour tenter de s’y retrouver dans l’ordre des cartes.

Le Mat (0) est l’étincelle créatrice, la force qui met en mouvement. Il signifie souvent l’aventure, au sens où on a pris la décision de s’y lancer. Lui ne porte pas de numéro, car il représente en fait la dynamique qui nous permettra d’aller de carte en carte. C’est lui qui nous fait bouger lorsque nous sommes tentés de nous identifier aux caractéristiques de l’une des cartes, pour nous y installer et cesser d’évoluer une fois ce niveau atteint. Or, c’est cette faculté d’évolution qui constitue notre liberté : l’homme est un être en perpétuel devenir, pas enfermé dans une caractérisation qui vaudrait « une fois pour toutes ».

Le chemin commence avec le Bateleur (1) qui maîtrise le monde matériel. Ses besoins élémentaires sont satisfaits (cf. la pyramide de Maslow), il peut donc commencer le travail d’accomplissement de soi ; plus précisément, il a appris à réaliser sa volonté dans le monde extérieur. Il pourrait très bien en rester là, comme quelqu’un qui aurait atteint la réussite matérielle, et qui sombrerait dans la dépression venu l’âge de la retraite, car il ne se serait jamais demandé que faire avec lui-même. Le Fou est cependant là pour éperonner le Bateleur, qui commence alors son chemin avec sa première rencontre.

Le Bateleur a terminé son travail sur le monde extérieur. La Papesse (2) vient alors lui faire prendre conscience que le monde intérieur est aussi un mystère. Pourquoi fait-on ce que l’on fait ? Quel est, précisément et nommément, notre désir inconscient ? Questions cruciales dont s’occupe la psychanalyse et auxquelles il faut se confronter. Et le mystère est grand : notre désir nous échappe tellement qu’il faut nous-mêmes observer ce que nous faisons pour le comprendre ! Il nous faut accepter le fait que notre raison consciente ne maîtrise pas tout, que nous avons un inconscient et qu’il faut composer avec cette partie de nous-mêmes si nous souhaitons agir de façon entière.

Cette réconciliation nous amène devant l’Impératrice (3). Elle est la combinaison entre les arcanes 1 et 2 : la personne qui s’accepte entièrement (plutôt que de refuser à tout prix de voir qu’il peut y avoir quelque chose derrière le voile de la Papesse) est maintenant capable de créer. Difficile en effet de produire une expression de soi authentique si l’on refuse de se connaître soi-même, dans sa nature de créature double (consciente et inconsciente).

La Grande Mère créatrice est ensuite suivie de son pendant masculin : l’Empereur (4). De même que la fertilité de la femme ne suffit pas pour générer une nouvelle vie, de même, une créativité désordonnée, partant dans tous les sens, ne produira rien de valable dans le monde matériel si on ne lui impose pas la structure et les règles dont elle a besoin pour s’y adapter. L’Empereur vient réaliser les virtualités que l’Impératrice porte en elle ; il va faire un travail de régulation, ce qui n’est pas toujours agréable. Mais ce n’est que lorsque le monde autour de nous est structuré, pas chaotique, que l’on peut commencer à s’intéresser au monde spirituel.

Cela, c’est le travail du Pape (5). Il donne à entendre une parole qui vient d’en haut. Maintenant que l’Empereur et l’Impératrice ont fait ensemble ce qu’il y avait à faire dans le monde, le Pape nous fait aller plus loin que le simple matériel en nous faisant comprendre qu’il y a du sacré. Et sans le sentiment du sacré, nous ne menons qu’une vie triviale. Le Pape ne nous demande cependant pas de nous soumettre aux caprices d’une idole quelconque, ce qui irait à l’encontre du développement de notre liberté dont nous parle le Tarot. Nous voyons le Pape relayer la parole de Dieu et ainsi donner l’exemple. Si Dieu s’exprime à travers nous, l’arcane commence à nous mettre sur la voie : Sa parole, celle à laquelle nous ne pouvons désobéir sans nous trahir nous-mêmes, c’est notre propre désir.

Ce désir, l’Amoureux (6) le met exactement en scène. Le caractère sacré de ce désir est indiqué par son placement au haut de la carte ; l’Amoureux va devoir faire son choix aiguillé par son affectivité (la flèche de Cupidon). Cette affectivité, c’est ce qui va lui permettre de faire la différence entre ce qui est de l’ordre de l’envie passagère, et ce qui vient en lui d’une Nature profonde, authentique.

C’est une fois ce Désir identifié, après un travail intérieur déjà long, que nous pouvons sortir de notre forteresse et aller à la conquête du monde. C’est ce que fait le Chariot (7), prince conquérant au front marqué d’une étoile sacrée.

Mais celui-ci va devoir immédiatement rencontrer l’arcane suivante, la Justice (8 en général. Parfois permutée avec la Force mais cela ne modifie pas grand’chose en réalité). Elle lui apprend que toute action doit se mesurer à son aune pour être en harmonie avec ce Désir sacré. Autrement, le prince ne peut qu’espérer être un dictateur, qui nourrira ses envies fugitives sans jamais toucher à l’essentiel.

Le Prince, après avoir fait le tour des expériences qui lui sont données dans le monde, a tout vécu. Il se retire alors du monde et devient l’Ermite (9). Il est maintenant de son devoir d’éclairer le chemin et de guider les autres qui poursuivent le même but de liberté.

La Roue de Fortune (10) est le résultat des réflexions de l’Ermite. En apparence, tout dans la vie n’est qu’instabilité et nous sommes ballottés, impuissants, de haut en bas et de bas en haut. Mais L’Ermite a fini par se rendre compte que la conscience permettait de vivre sans subir. C’est ce que fait le Sphinx installé au-dessus de la roue ; il maîtrise l’animalité de son corps et connaît le mystère qu’il est pour lui-même, ce qui lui permet de ne pas rester en position de victime.

La Force (11) montre que la violence physique ne peut rien contre la paix intérieure, la confiance et l’amour. Cet amour doit s’appliquer à nous-mêmes, car le lion représente notre côté animal que nous devons accepter avec amour plutôt que réprimer. Voilà donc comment devenir maître de soi-même. Arrivé ici, notre Bateleur est parvenu à la vraie maîtrise de la vie et de la conscience en ce monde.

Il pourrait s’arrêter là mais aspire à quelque chose de plus haut. S’élever au-dessus de ce monde passe par le renoncement, voire le sacrifice. C’est ce que met en oeuvre le Pendu (12). Il se met dans une position d’échec matériel pour changer radicalement son point de vue. Il n’empêche que nous faisons toujours partie du monde. Le Pendu va donc se retrouver face-à-face avec la figure de la Mort, que beaucoup de sociétés font rencontrer de manière symbolique au moment de l’initiation.

Cette Arcane sans nom (13) représente celle qui dévore tout sauf l’authentique (la mort qui dévoile le squelette caché sous les chairs). Elle va nous permettre de savoir qui l’on est vraiment. En effet, avant la mort, nous ne sommes qu’une somme de virtualités, car nous restons libres de changer à tout moment. Mais après la mort, notre vie se retrouve figée en un résultat inamovible : qui nous avons été. Cette Mort qui peut n’être que symbolique permet aussi l’ouverture à un monde supérieur. Notre Pendu par son sacrifice a pu donc se trouver lui-même, et donc avancer sur la véritable voie initiatique, alors qu’avant lui il ne s’occupait encore que de la maîtrise du monde.

Sur cette voie, il va maintenant rencontrer Tempérance (14). Le 13 nous a dépouillé de tout ce qui n’était pas notre être essentiel. Cette essence, c’est l’eau que travaille maintenant l’ange pour la purifier. Il nous apprend à appliquer les enseignements rencontrés avec les bonnes proportions, et nous aide à continuer notre travail de purification.

Et à force de purifier, nous tombons nez à nez avec les impuretés dont nous devons encore nous débarrasser. Le problème, c’est que jusqu’ici, nous avons toujours pensé que ce qui nous est présenté aujourd’hui comme impureté, c’était nous, les constituants de notre personnalité. Leur destruction sera un passage sombre et douloureux pour notre ego. D’abord, le Diable (15) nous montre ce qui nous retient. Nous nous racontons que nous sommes les victimes de forces extérieures, alors qu’en réalité, nous sommes seuls responsables de cette situation. Lucifer vient jeter sa lumière là-dessus : nous ne sommes victimes de rien d’autre que nous-mêmes. Donc, soumis à l’épreuve de sa tentation, nous aurons l’opportunité de nous débarrasser de notre orgueil.

C’est là la Maison-Dieu (16) qui s’effondre. Nous perdons d’un coup ces certitudes que nous avions construites et qui nous permettaient de vivre bien confortablement au-dessus des autres. Il va nous falloir accepter la mort de l’ego comme ce qu’elle est : un cadeau venu d’en haut. Cet ego, ce sont toutes les constructions que nous prenons pour nous-mêmes, mais qui ne sont en réalité que des masques (comme quelqu’un qui, à la question de savoir qui il est, répondrait pompeusement par un titre important).

Derrière ces masques, nous existons dans notre vérité la plus nue, la plus simple. Elle est représentée par l’Etoile (17). Dépouillée de tous les désirs inauthentiques, elle sait qu’il n’y a rien d’autre qui compte que le don, sans compter, et qui vient du dessus (la force céleste qui agit à travers elle, est ce don d’amour qui se confond avec l’amour de Dieu).

Cela ne doit pas nous faire oublier que notre passé fait toujours partie de nous. Nous sommes nus, mais pas amnésiques. Si nous l’étions, nous serions tentés de regarder avec mépris tous ceux qui ne sont pas encore arrivés à notre niveau de conscience. Or, nous devons nous reconnaître en eux, car nous avons été eux, et c’est ce qui fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Nous ne sommes pas des anges. Nous sommes la combinaison entre instincts archaïques, instincts sauvages et volonté domestiquée. C’est avec ces forces effrayantes que devons continuer sur le chemin que l’on voit sous la Lune (18), et sa lumière nous guide.

Après avoir appris à suivre le guide de cette lumière, qui est réceptive comme son astre, nous rayonnons enfin, comme le Soleil (19) envoie sa chaleur sur le monde. Réconciliés avec nous-mêmes, nous accueillons la joie et la certitude confiante en l’avenir.

C’est lorsque nous sommes accueillants comme un enfant que nous sommes en mesure de recevoir l’appel supérieur : celui du Jugement (20). Notre vie est maintenant complète, elle peut donc être jugée par cet arcane conclusif.

Et le Monde (21) est donc à la fois le résultat de ce jugement, et la synthèse de tout ce que nous avons traversé pour devenir une personne complète. Nous dansons, libres et sans rien cacher, dans une béatitude paradisiaque.

 

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